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Vous l'avez certainement entendu des centaines de fois : les pompes à chaleur ne fonctionnent que pour du chauffage à bas régime de température. Impossible donc d'installer une PAC dans un bâtiment non rénové !
Cette affirmation mérite quelques nuances...Cet article a été publié fin 2024. Ses principes physiques (dépendance du COP à l'écart de température, perte de puissance des émetteurs à bas régime) restent parfaitement valables, mais le contexte technologique et réglementaire a évolué rapidement. Le règlement européen F-Gas III (UE) 2024/573, entré en vigueur le 11 mars 2024, accélère la sortie des fluides fluorés à fort potentiel de réchauffement et favorise les réfrigérants naturels. À partir du 1er janvier 2027, les PAC monoblocs jusqu'à 12 kW ne pourront plus être mises sur le marché avec un fluide dont le PRP est supérieur ou égal à 150. Conséquence directe : les pompes à chaleur au propane (R290), qui atteignent des températures de départ de 70 à 75 °C avec un bon rendement, se généralisent et rendent aujourd'hui plus accessibles les projets de rénovation « haute température » évoqués dans l'article, parfois sans intervention lourde sur les émetteurs. En parallèle, la directive EPBD (UE) 2024/1275 organise le retrait progressif des chaudières à combustibles fossiles à l'horizon 2040 et la fin des aides à leur installation, ce qui renforce l'intérêt d'étudier le remplacement d'une chaudière par une PAC plutôt qu'une hybridation gaz. Nous vous invitons à lire cet article en gardant à l'esprit ces évolutions et à vérifier les seuils de PRP et le cadre des primes wallonnes en vigueur au moment de votre projet. Sources : Règlement (UE) 2024/573 — F-Gas III — Directive (UE) 2024/1275 — EPBD refonte — Buildwise — outil PowerHeat (émetteurs et PAC)
Les PAC sont parfois conçues de telle façon qu'un régime de température élevé ne soit pas possible. Selon les modèles, un régime maximal de température peut en effet être spécifié. On trouve facilement dans les catalogues des températures annoncée de 60 ou 70°. En cherchant bien, on tombe sur des PAC assurant des régime dits "haute température", de l'ordre de 90°C. Attention toutefois à interpréter ces chiffres correctement :
Illustration de la chute de température d'eau produite lors des baisses de température extérieure pour une Pac Air-Eau. (Source : Viessmann)[/caption]
Si une PAC peut fonctionner à haute température, l'efficacité énergétique reste dépendante de l'écart de température entre sa source froide et sa source chaude. Il convient donc de s'interroger sur la nécessiter de monter à un haute régime de température, en gardant en tête que la pompe à chaleur :
Attention : ces ordres de grandeur ne prennent pas en compte une alimentation électrique renouvelable, qui favorise la PAC. Notez aussi que l'on indique bien ici COP annuel, ou COPA, car ce qui compte n'est pas que la pompe à chaleur soit plus performante que la chaudière gaz à tout moment, mais bien globalement. Si pendant quelques heures ou journées particulièrement froides elle est peu efficace au vu des conditions extérieures, c'est tout à fait acceptable tant que le bilan global est positif.
Alors, où se place la limite ? Nos contact auprès des fournisseurs la placent différemment selon que l'on parle de chauffage ou d'eau chaude:Il y a cependant une évolution à noter : les changements dans les fluides frigorigènes (le CO2 notamment) facilitent le franchissement de grands écarts de température sans trop pénaliser la performance énergétique. Certains fabriquent promettent de l'eau chaude à 90°C avec des COP intéressants pour des températures sous 0. A l'heure actuelle, ces PAC sont développées pour les situations impliquant un grand besoin d'eau chaude sanitaire notamment. Une technologie à suivre pour les applications en chauffage.
Avant de considérer l'hybridation entre une PAC et une chaudière, prenons le temps de remettre en question le besoin d'un régime de température élevé dans un bâtiment.
Si les émetteurs sont alimenté à un régime de température plus bas que celui anticipé lors de leur dimensionnement, ils vont perdre en puissance. Et cette perte est plutôt rapide, puisqu'elle dépend grosso-modo de la réduction du régime de température exposant 1,3. Passer d'un régime 90/70 à un régime 60/45 par exemple nous fait perdre environ 43% de puissance. Même en considérant des PAC qui monteraient à de très hautes températures, de l'ordre de 75°C, au prix d'une perte de performance, la perte de puissance reste d'un peu plus de 20% environ. Ce qui reste non négligeable, mais peut correspondre aux marges de sécurités intégrées dans le calcul de dimensionnement initial.
Il convient donc de se poser quelques questions :
Refaire un calcul fin de la puissance nécessaire dans les différents locaux est donc utile avant de renoncer à un projet pompe à chaleur. Il est tout à fait possible que la réduction du régime de température ne soit pas si problématique. Pour faire ce calcul, vous pouvez vous tourner vers les outils de Buildwize
, ou ceux d'Energie+ (simplifiés).Buildwize a également produit une video spécifiquement sur la question des émetteurs lors du passage à une pompe à chaleur en rénovation, ainsi qu'une application pour calculer la puissance d'un radiateur selon son régime de température.
Les pertes thermique du bâtiment dépendent des conditions météorologiques. Pour autant que l'on ait une régulation en température glissante, le régime de température maximal ne sera donc atteint que dans des conditions extrêmes.
Il peut donc être éclairant d'examiner la fréquence d'occurrence des températures extérieures et de croiser cette information avec la courbe de chauffe de son installation, pour examiner la fréquence d'un régime de température dépassant le seuil de pertinence de la pompe à chaleur. Dans l'idéal, cela se fait en établissant la monotone de puissance réelle de l'installation existante. Faute de données, celle-ci peut être calculée avec des modèles numériques plus ou moins simples.
L'exemple ci-dessous se base uniquement sur une courbe de chauffe théorique et les données climatiques d'Uccle. Il illustre deux choses : d'une part que nous n'avons que très rarement besoin de toute la puissance, mais d'autre part, que la monotone ne descend pas si vite que cela. Compter uniquement sur la baisse de régime de température (hors surdimensionnement historique) pour faire passer un projet de pompe à chaleur reste donc risqué en termes de confort, et une réflexion sur un appoint de puissance va souvent s'avérer utile.
| Exemple.
Considérons la courbe de chauffe classique ci-dessous, avec une température de départ de 90°C pour -10°C extérieur et un abaissement quasi linéaire jusqu'au point 30°C pour 20°C extérieur.
Considérons également la monotone de distribution des températures extérieures pour Uccle (climat actuel):
En combinant les deux, nous pouvons tracer la distribution des températures de départ effectivement demandées, ainsi que distribution de la fraction de la puissance nominale demandée aux émetteurs, partant du principe qu'ils donnent 100% de leur puissance à 90°C :
On y voit qu'une température de départ supérieure à 80°C n'est quasiment jamais appelée. En conséquence, une perte de 20% de la puissance nominale est virtuellement sans conséquence. Mais au-delà, cela se corse : si le passage à la pompe à chaleur nous bride à une température de départ de, disons, 65°C, nous n'aurons que 50% de la puissance nominale, et seront en défaut de puissance pendant environ 2000h. Loin d'être négligeable. On pourrait pousser un peu plus l'analyse et ne pas considérer les heures d'inoccupation nocturne, qui sont souvent les plus froides, mais il faudrait également ajouter à l'analyse les pincements au niveau des échangeurs, ... Restons donc sur l'idée que réduire le régime de température de 20 ou 30°C ne sera pas sans conséquence sur la capacité à maintenir les ambiances intérieures... Il faudra donc soit agir au niveau des émetteurs, soit trouve un solution pour combiner PAC et haute température. |
Exemple de schéma hydraulique d'une montage hybride entre PAC air-eau et chaudière[/caption]
Cette solution d'hybridation a deux gros bémols : elle ne permet pas d'éviter totalement les combustibles fossiles, vu la persistance de l'appoint gaz, et elle implique une liaison hydraulique adaptée et soigneusement étudiée (il ne faudrait pas que l'action de la chaudière entraine un retour d'eau à trop haute température vers la PAC...). Mais elle a également deux avantages :
Si un abaissement du régime de température est nécessaire pour justifier le passage à une pompe à chaleur, mais que cet abaissement implique une perte de puissance inacceptable aux niveau des émetteurs, il convient d'envisager une intervention sur ceux-ci.
Il peut s'agir soit :
Principe d'un booster de radiateur par ventilateur. Source photo: Hornbach[/caption]
Si rien de tout cela n'est possible, l'ajout d'un chauffage d'appoint électrique, ou de systèmes de chauffage de proximité, peut aussi être envisagé.